Humeur : Rabat 2016, le dernier vœu d’une capitale discrète

A l’étranger, quand je précise que je viens de la capitale du Maroc, on me rétorque souvent : « Casablanca ? ». Un jour, j’ai même eu droit à l’option « Marrakech ? ». Que répondre ? Au fond, ce genre de malentendus n’est pas spécifique au Maroc. Nombreux sont ceux qui pensent que Sydney est la capitale de l’Australie et que Rio est la capitale du Brésil. Il faut croire qu’il y a des capitales plus « évidentes » que d’autres. Rabat fait partie de la famille des capitales « discrètes ». Vue de l’étranger, elle vit dans l’ombre, elle cultive une forme de mystère. On dirait presque qu’elle se complait dans cette position de « capitale discrète ». Elle entretient sa discrétion et nourrit sa différence.

Il paraît que les années se suivent et se ressemblent. Est-ce bien vrai ? Moi je veux croire que dans le rythme des années qui passent, il y a des hommes et des villes qui bougent. A l’aube de 2016, la mobilité semble inscrite dans les gènes et le quotidien. Pourquoi les villes échapperaient-elles au mouvement ? A des milliers de kilomètres de ses portes, je veux croire que Rabat la discrète est une ville qui bouge. Il y a un an, j’ai vu ce musée d’art moderne émerger à quelques pas de mon ancien lycée. Tout un symbole. Entre les années de la formation passée et les prémices de la culture promise, à peine quelques mètres. Un musée aux allures de symbole révélateur. Comme tous les optimistes, j’aime les symboles car je peux les charger d’espoirs et de promesses. Sur les murs du musée, j’ai donc accroché mes rêves pour la capitale discrète. Puis l’autre jour, dans une petite salle d’une université millénaire, j’ai été surpris d’entendre une jeune anglaise vanter le cadre et les œuvres du musée. Lors de sa visite, elle avait discrètement pris des photos. Elle parlait déjà de ce musée comme d’un patrimoine. J’ai pensé que le rêve était déjà là, une réalité incarnée dans les mots de l’Autre.

A Rabat la discrète, il y a des points qui bougent. Certains diront qu’il y a d’autres priorités en attente, d’autres attentes en suspens, d’autres maux oubliés, d’autres oublis normalisés. Ils auront certainement raison. On attend toujours plus d’une capitale. On veut y voir le miroir de l’avenir rêvé, la promesse de l’aube naissante. On veut que la capitale discrète soit la voix (et la voie !) des autres villes qui suivent. On la regarde des hauteurs de ses monuments. On la scrute dans les profondeurs de son histoire. On veut que la capitale discrète soit le modèle à suivre. L’autre jour, je suis tombé par hasard sur la brochure du projet du Grand Théâtre de Rabat, désormais en cours de construction sur les rives du Bouregreg. Sur la première page de la brochure, j’ai lu : « Une empreinte du futur ». Sur les photos du projet, j’ai vu un bâtiment en vagues blanches, une sorte de vaisseau spatial atterrissant le long du fleuve. Cette modernité déferlante comme un appel de l’avenir, comme l’avant-goût d’une nouvelle ère. Avec toujours ce vague sentiment d’étrangeté devant la forme futuriste. Avec toujours cette question suspendue face à l’architecture en mouvement : est-ce bien cela, la capitale du futur ?

Une voix me murmure qu’il faut de tout pour faire une capitale. Des musées, des théâtres, des mots, des rêves, des actions et des critiques. A l’aube de la nouvelle année, Rabat est une capitale discrète qui écrit son avenir sous le regard des curieux. Il me semble qu’on l’observe, qu’on la suit, qu’on se prépare à commenter son parcours et son mouvement. Au pays comme à l’étranger, on aime bien suivre le destin des capitales discrètes. Elles ont le don de se transformer dans le silence des promesses. Elles ont le pouvoir de porter les symboles au-delà de leurs espaces. Tout le Maroc n’est probablement pas Rabat et Rabat seule n’est certainement pas le Maroc. Mais il y a déjà à Rabat, entre les deux syllabes du nom et les mille résolutions du nouvel an, quelque chose qui respire le discret et le prometteur. En 2016, à celles et ceux qui m’interrogeront sur la capitale du pays, je dirai qu’elle est cette ville discrète dont l’avenir s’écrira au rythme des symboles transformés et des promesses réalisées. Avant d’écrire la suite de l’histoire, un dernier vœu de Rabat pour le nouvel an.

                                                                                                                                                           Khalid L, du blog Evasions Urbaines

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