Yacine Zerkdi, le marocain qui veut changer Harvard

Yacine Zerkdi est un jeune marocain de 28 qui vient de recevoir une nouvelle dont de nombreux étudiants rêvent : son admission à Harvard. Seulement, ses moyens financiers ne lui permettent pas pour le moment de payer les frais de scolarité et de vie que nécessitent deux années à Cambridge. Poussé par un optimisme à toute épreuve, il a lancé une campagne de financement participatif où il invite des particuliers à l’accompagner financièrement  dans la réalisation de son rêve. Son but : changer le profile type des étudiants de Harvard. The Rabat Tribune a rencontré Yacine pour vous.

 

Bonjour Yacine, félicitations et merci de partager ton expérience avec nos lecteurs. Tu te fais connaître sur les réseaux sociaux par la campagne de financement participatif originale que tu as lancé. En quoi consiste-t-elle ?

Le concept est simple. C’est une sorte de cagnotte en ligne à laquelle tout le monde peut participer du montant qu’il souhaite. Ce mode de « pot commun » fonctionne déjà depuis quelques temps en France et est surtout utilisé pour les pots de départ ou pour offrir un cadeau d’anniversaire commun par exemple. J’ai voulu m’inspirer de ce qui je pense est une nouvelle révolution en matière de financement : le crowdlending. A savoir que les dons récoltés n’en sont pas vraiment, mais sont plutôt à voir comme des prêts ou plutôt des investissements dans un projet donné. Chaque personne qui participe donc à mon financement devient un nouveau « créditeur », que je serais appelé à rembourser à la sortie de l’école inchallah.

 

Peux-tu nous parler de ton parcours jusqu’ici ?

Je suis né et j’ai grandi à Agadir dans une famille berbère. J’ai fait une grande partie de ma scolarité dans des établissements de l’école publique de la ville. J’insiste sur ça parce que j’en ai un peu assez d’entendre dire que seuls les gens de la mission française ont des débouchés. Après mon bac Sciences Maths, j’ai eu la chance d’être admis pour poursuivre mes études en France. J’ai suivi un parcours d’ingénieur télécom complété par un passage en école de commerce. En sortant de là, j’ai été embauché par un cabinet d’audit et de conseil qui m’a offert l’occasion de travailler sur le secteur qui me passionnait vraiment : les télécoms. Je viens de finir par 5ème année avec eux.

 

De combien d’argent as-tu besoin ? Comment as-tu fait tes calculs ?

Le montant au global sur 2 ans s’élève à 200 K$. On peut le décomposer comme suit :

  • 120 K$ de frais de scolarité purs et simples, couvrant le coût des études
  • 80K$ de frais de vie, de quoi payer son loyer, ses livres et s’acheter quelques kgs de spaghettis principalement

J’espère lever 100 K$ (soit la moitié) via ma campagne de financement, le reste pouvant être couvert par emprunt bancaire classique et autres bourses éventuelles.

 

Quelles garanties ont tes investisseurs d’être remboursés ? A quel taux d’intérêt peuvent-ils prétendre ? Quand tu parles de donner des reliques, à quels type d’objets penses-tu?

Vous savez, ce serait facile de tenir ici un discours pompeux où je jure probité et honnêteté. Mais je n’ai pas été élevé comme ça. Chez les Soussi, on n’aime pas les bavardages inutiles. On juge la valeur d’un homme sur ses actes et non sur ce qu’il dit ou promet. C’est à cette école que j’ai été. A la base, cette cagnotte visait surtout mes amis et mon entourage proche, des gens qui me connaissent et qui n’ont pas besoin de se poser cette question. Je suis le premier surpris de l’ampleur qu’elle a prise et des messages de soutien que je reçois tous les jours d’inconnus.

Concernant les taux d’intérêt, ça fait suranné de le dire comme ça mais j’ai toujours un blocage psychologico-moral avec le principe de l’usure. Je vais y être contraint comme tout le monde par la force des choses. Mais si je peux le contourner un peu, je ne vais pas m’en plaindre. Donc je n’ai prévu aucun « taux d’intérêt » pour mes investisseurs. Néanmoins, ça n’en rend pas l’effort transparent pour autant. C’est comme ça que m’est venue l’idée de reliques. Et sincèrement c’est quelque chose qui je pense murira avec le temps et au fil des deux ans sur place. Ce sera surtout un souvenir pour les personnes qui ont accepté de prendre part à cette folle idée que j’ai eu.

 

Tu compares ton action a celle de Pope. Quel sera ton Illyade ?

Ce que je vais dire n’est nullement pour faire pleurer dans les chaumières. Mais il y a un peu plus d’un an, j’ai vécu un événement qui m’a beaucoup fait réfléchir sur ma propre vie. J’ai perdu mon meilleur ami de 20 ans le jour même de son anniversaire. Ce genre de rappel à l’ordre a le mérite de remettre les choses en perspective. Mon objectif est simple, il est de mener une vie utile en liant mes deux grandes passions :

  • mon amour pour le secteur des télécoms (dont je pense que peu d’autres secteurs façonnent autant la société de la même manière)
  • mon attachement presque païen à ma terre natale (je ne sais pas l’expliquer autrement…)

Beaucoup de personnes ne seront pas d’accord, mais je suis de ceux qui croient que le Maroc est encore vierge à bien des égards. Ce qu’il faut, c’est de la volonté, de l’ambition, du courage et …beaucoup de travail. J’ai eu la chance de beaucoup voyager (surtout en mode backpacker) dans ma vie, et ce que j’en retire surtout c’est que les Marocains ne sont ni plus ni moins malhonnêtes que le reste des humains. Quoiqu’on en dise, le Maroc est d’abord celui de ces Hommes. C’est-à-dire que pour que quelque chose se fasse, il faut que quelqu’un de connu et d’identifiable en prenne l’initiative et qu’il accompagne le projet jusqu’à son aboutissement.  C’est la fameuse théorie du colibri de Pierre Rabhi (voir vidéo ci-dessous). Je ne sais pas si je peux comparer ca à l’Iliade, mais voilà à quoi je souhaite me consacrer, à ma petite échelle, dans mon secteur, à mon humble niveau.

 

Tu dis que tu voudrais changer le profil type des étudiants de Harvard, quel est ce profil type et en quoi ton profil est différent ?

J’ai longtemps eu cette crainte que le profil-type de l’école soit aux antipodes du mien. J’avais cette image de l’individu premier de la classe, ambitieux, et peut-être même un peu ennuyant. Je ne me reconnaissais pas trop dans cette description, moi qui ait failli redoubler le CP J.

Du coup c’était un peu devenu la caricature que je m’en faisais. Toutefois, j’ai eu l’infime honneur (et je pèse mes mots) de rencontrer quelques anciens élèves marocains de Harvard qui sont rentrés au pays… et autant dire que ça a radicalement changé ma perception des choses. Je me suis dit je veux être comme « eux ». Des gens brillants, humbles, qui pourraient être en train de jouer les princes de la finance à Wall Street mais qui ont choisi de rentrer faire des choses utiles et se rapprocher de leurs familles à Casablanca ou Marrakech. Je ne sais pas si ces gens-là représentent le profil-type, mais en tout cas j’ai choisi lequel me correspondait, et je sais que c’est compatible avec l’esprit de l’école.

 

Un dernier mot ?

Je tiens à profiter de cette tribune pour remercier encore une fois toutes les personnes, qui m’ont donné, écrit ou juste encouragé. Je n’aurais pas prédit tout ca le premier jour.

Pour aider Yacine à réaliser son rêve (et pour recevoir une de ses reliques), rendez-vous sur la page de sa campagne en cliquant sur le bouton suivant :

Je veux aider Yacine

Ci-dessous, la légende du colibri

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